Ce que je déteste dans la vie, ce sont les ascenceurs emotionnels. Le problème, c'est qu'une fois le projet accompli, tu te retrouves chez toi, tes sacs à défaire, des courbatures partout et des cernes jusqu'au nombril. Ok, c'est génial, t'as de nouveaux souvenirs dans la tête, des anecdotes marrantes à raconter, t'as de nouvelles expériences dans tes bagages mais voilà ; il existe une réalitée un peu mossade : les lendemains de fêtes. J'ignore si c'est parce que c'est le plus souvent le Dimanche, jour angoissant où la plupart tourne en rond, ou si c'est parce que t'as la gueule de bois mais putain.. Tu pars te changer les idées et tu reviens toujours au même point. Tu remarques d'un air presque blasé que tout est resté au même endroit et que rien n'a changé dans ta vie. Excusez ce pessimisme, les deux dissertations que je dois rendre pour demain y sont peut-être pour quelque chose.
" Quand je m'y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près. Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu'on s'en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit. " (Pascal, Pensées)